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  • Déguisés des jours gras

    Défilé de personnes handicapées lors du Carnaval

    Spectacle en deux parties, le carnaval national des Cayes a ouvert les journées avec des figurants déguisés et a clôturé les soirées (prolongées jusqu’au petit matin) avec les groupes musicaux et les chars allégoriques. Tout moun jwenn.

    Haïti: Sur quatre kilomètres de parcours, un spectacle amusant et étonnant à la fois a mis en valeur des scènes édifiantes sur plusieurs aspects de la vie en Haïti.

    Le déroulement du spectacle tôt dans l’après-midi a permis aux groupes déguisés et aux troupes présentant des chorégraphies d’évoluer sans peine. Les carnavaliers uniquement branchés sur l’aspect musical qui met en relief les chars sonores n’ont goûté que la partie bruyante des festivités.

    Dans des rues espacées, les troupes ont présenté leur chorégraphie. A partir des balcons surplombant la voie publique et les trottoirs, les gens vêtus de T-shirt, chapeau sur la tête, assistaient au spectacle. Plusieurs scènes de danse décrivaient la vie des paysans dans les champs et les joies de la moisson. L’Institut de danse sociale et de ballet des Cayes (IDSBC) a mis au goût du jour plusieurs variétés de danses de nos traditions culturelles.

    Les jeunes filles du Sud défilant dans les rues ont appris au public que la marche peut être aussi une danse lorsqu’elle est cadencée, rythmée, et quand les hanches oscillent élégamment comme une pendule.

    Des groupes d’adolescentes déguisées jouaient au mannequin. Visage peint, tête ceinte de madras, elles représentaient les communes du Sud avec fierté. Calebasse sur la tête, robe brodée de motifs, elles marchaient avec fière allure sur le parcours.

    Des scènes éclaires sur le parcours

    Des tableaux de l’histoire précolombienne éclairaient un pan du passé d’Haïti. Les premiers habitants de l’île, les indiens, étaient représentés par des jeunes vêtus de costume en toile de jute, le visage peinturluré. Les affranchis élégamment vêtus faisaient le pont entre l’histoire : les Indiens décimés par les colons et les descendants de l’Afrique.

    Des scènes de la partie occulte du vaudou qui alimentent l’imaginaire haïtien étaient aussi jouées à travers une saynète sur la zombification. Tout de blanc vêtu, un zombie est traîné par un sorcier. Une corde nouée à la taille, le pauvre avance tête baissée. Séquelle de l’esclavage des noirs au temps de la colonie, la masse des zombies, dit-on, alimente encore les plantations agricoles dans les villes de province où l’agriculture n’est pas mécanisée.

    Un jeune homme couvert de serpents effrayait les enfants sur son parcours. Une frisée perchée sur sa tête, il exécutait son show. A chaque fois, il devait intervenir pour libérer l’oiseau que le serpent essayait d’étrangler.

    La peur des gens, pendant le séisme du 12 janvier 2010, était chorégraphiée par des artistes de la côte sud. La scène : un comédien manchot plaçait son bout de poignet sur la bouche pour marquer son désarroi. Les gens tremblaient comme des feuilles d’arbre, se jetaient à terre, les yeux remplis de terreur.

    Chapeau rabattu sur le front, visage peint aux couleurs d’ombre et de lumière, la troupe portait avec élégance son costume noir et blanc. Entre la beauté du geste et la tragédie mise en scène, l’oeil saisissait l’effet artistique qui éclairait la toile de fond de l’histoire vécue par tout un peuple.

    La secrétairerie d’Etat à l’Intégration des personnes handicapées a trouvé un moment propice afin de réaliser la promotion pour les droits des personnes handicapées. Des culs-de-jatte pilotaient des fauteuils roulants activés par la force de leurs poignets. Unijambistes, manchots avançaient dans le peloton. Les plus extravertis comme un jeune homme handicapé muni de béquille exécutait des figures périlleuses qui étonnaient le public. Plusieurs d’entre eux racontaient qu’ils ont été victimes du tremblement de terre, et perdu une jambe ou deux, un bras, et se sont donné de nouvelles raisons de vivre.

    Le carnaval des Cayes a été un tremplin pour mettre en avant la lutte pour l’intégration des personnes handicapées. Des bandes à pied, parmi lesquelles Vodula, un groupe de percussionnistes formé uniquement de femmes, ont animé le parcours.

    Cette partie du grand spectacle a permis aux plus petits de s’amuser sans crainte de bousculade. Beaucoup de parents ont ramené chez eux leurs enfants avant de regagner le béton. Dans la soirée, les plats de résistance avaient pour noms : Djakout number one, T-Vice, Kreyòl La, T-Micky, Barikad Crew, Brother’s Posse, King Posse, Rockfam, Boukman Eksperyans, Mass Konpa, Racine Mapou de Azor, Carimi et les groupes du Sud : Master Blade, Make it, G7, Vetiver, Freedom et Mélomane. Entre ces groupes musicaux, des chars allégoriques représentant les secteurs public et privé ouvraient la deuxième tranche des festivités jusqu’au petit matin.

    Source: http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=102806