Etat des lieux et propositions concrètes suite au séisme du 12 janvier 2010
Le violent tremblement de terre du 12 janvier 2010 a saccagé plusieurs villes haïtiennes (Port-au-Prince, la Capitale, Jacmel, Léogane, Petit-Goâve…) et a eu pour conséquence immédiate la destruction quasi systématique des locaux administratifs nationaux. Ceux de la Secrétairerie d’Etat à l’Intégration des Personnes Handicapées (SEIPH) n’ont pas été épargnés et leur délabrement est tel qu’il est impossible d’y travailler. Malgré, et à cause de leur état non fonctionnel, la SEIPH s’est constituée en équipes mobiles de travail pour faire face à la situation catastrophique héritée du 12 janvier et y apporter d’éventuelles solutions. C’est dans ce cadre et dans cette perspective que la SEIPH présente cet état des lieux qui est loin d’être exhaustif de la situation à laquelle font face les personnes handicapées, quelques-unes de ses initiatives depuis le 12 janvier et des propositions concrètes appropriées au Gouvernement pour remédier à cette crise.
I.- Un Etat des lieux
Comme c’est le cas pour toutes les institutions nationales haïtiennes, la Secrétairerie d’Etat à l’Intégration des Personnes Handicapées a enregistré son lot de dommages en subissant des pertes inestimables tant au niveau physique qu’humain.
I.1.- Au niveau physique : des établissements hébergeant des institutions oeuvrant en faveur des personnes handicapées ont été détruits sous la violence du séisme. Le local central de la SEIPH s’en est trouvé hors d’usage et son annexe, situé à Bois Patate, qui logeait la Banque de Matériel adapté à l’usage des personnes handicapées, sérieusement endommagé.
I.2.- Au niveau humain : Le secteur organisé des personnes handicapées a enregistré des pertes en vies humaines dont
a. La mort du réceptionniste de la SEIPH, Ben Prosperly, à l’hôpital St François de Sales, effondré alors qu’il y était interné depuis des mois.
b. Trois (3) cas de mortalité par la Société Haïtienne d’Aide aux Aveugles (SHAA)
c. Six (6) enfants et deux (2) cas d’employés morts à l’Ecole St Vincent.
I.3.- La population handicapée haïtienne connaitra une augmentation considérable tant au niveau physique qu’à celui de l’impact psychologique négatif résultant des chocs et des traumatismes qui en sont résulté. Ce sont :
a. Les nouveaux handicapés physiques, estimés à environ 6000 personnes, qui le sont devenus après l’amputation d’un ou de plusieurs de leurs membres.
b. Les nouveaux handicapés mentaux qu’il est impossible d’estimer maintenant, mais dont on peut préjuger que leur nombre sera considérable à l’avenir après le séisme du 12 janvier.
I.4.- Les rescapés en situation de handicap (blessés, amputés, traumatisés, etc) font face en outre à de sérieux problèmes (perte de parents, perte et destruction de biens matériels…). Certains sont délocalisés (retournés en province), d’autres sans abri et sans moyens de subsistance n’ont pas accès à l’aide humanitaire compte tenu de la manière dont cette aide est distribuée. Il faut signaler aussi, s’ajoutant à ceux suscités et les aggravant, les problèmes de transport, de mobilité, etc…
II.- Quelques initiatives de la Secrétairerie d’Etat à l’Intégration des Personnes Handicapées
II.1.- Quatre ou cinq jours après le séisme, la SEIPH a mobilisé quelques-unes de ses équipes mobiles de travail en vue de la récupération du matériel adapté et de ses archives. Matériel adapté, documents et matériels administratifs ont été récupérés des locaux endommagés ne présentant plus de garantie de sécurité et déposés en lieux sûrs.
II.2.- Malgré les faibles moyens dont elle disposait immédiatement après le séisme, la SEIPH a pu procéder à la distribution de produits alimentaires, de kits sanitaires, d’ustensiles de cuisine à 623 familles de personnes handicapées. Les bénéficiaires directs et indirects ont avoisiné les trois mille (3,000) personnes.
II.3.- Suite aux messages de sympathie qu’elle a reçu de certaines d’entre elles, la SEIPH a amplifié ses contacts et renforcé ses liens avec des institutions internationales qui évoluent dans le domaine du handicap tels : L’Union Mondiale des Aveugles (UMA), Handicap International (HI), Christofeln blinden mission (CBM), Church World Service, le Secrétariat Technique de l’OEA pour les Droits et la Dignité des Personnes Handicapées, pour leur fournir des données sur l’état de la situation générale du pays et de celle particulière des handicapés après le séisme du 12 janvier.
II.4.- Dans ce même ordre d’idées, la SEIPH a aménagé un partenariat avec Handicap International et CBM sur deux points fondamentaux :
a. Mise en place des Antennes-Handicap aux abords des hôpitaux et dans certains espaces sécurisants en vue d’offrir des services aux personnes handicapées, tels des services de rééducation, d’encadrement psychosocial, etc…
b. Constitution d’un comité de coordination entre la SEIPH et les instances internationales CBM, Handicap International, OEA, et des réseaux d’associations nationales (RANIPH, FAIPH) pour la prise en charge des personnes handicapées dans le cadre de l’urgence et pour poser la problématique de la reconstruction d’Haïti à la lumière de l’inclusion et sous le signe de l’accessibilité.
II.5.- La SEIPH a aussi discuté avec le Secrétariat technique de l’OEA, la perspective d’un projet comportant quatre (4) composantes :
a. Mise en place d’un réseau d’informations électronique concernant l’Amérique Latine et la Caraïbe. b. Mise sur pied d’ateliers de prothèses.
c. Renforcement institutionnel.
d. Prise en compte de la problématique de la reconstruction dans ses rapports avec les normes internationales d’accessibilité.
III.- Des propositions concrètes
Pour résoudre tant soit peu les problèmes provoqués par le séisme du 12 janvier 2010, la SEIPH soumet au Gouvernement les propositions suivantes. Celles-ci sont de deux ordres : celles plus générales relatives aux institutions oeuvrant dans le domaine du handicap et celles plus particulières relatives aux personnes handicapées.
III.1.- Propositions par rapport aux Institutions
a. Mise à la disposition de la SEIPH d’un nouveau local, d’équipements, de fournitures et de matériels de bureau.
b. Mise en place d’un groupe de travail, sous la supervision de la SEIPH, sur les normes d’accessibilité, lesquelles devront être mentionnées dans tous les appels d’offres et initiatives privées de construction.
c. Restauration des locaux endommagés des associations et institutions oeuvrant dans le domaine du handicap.
d. Intervention conjointe du Premier Ministre et du Ministre des Affaires Sociales et du Travail auprès du parlement faisant ressortir l’urgente nécessité de voter la loi sur l’Intégration des Personnes Handicapées, préparée par la SEIPH et déposée au parlement par le Gouvernement.
e. Constitution d’un fonds de solidarité national pour l’encadrement, l’intégration et l’autonomie des personnes handicapées. Ce fonds pourrait être alimenté par l’Etat Haïtien, la Société civile, la Communauté internationale et les Haïtiens vivant à l’étranger.
III.2.- Celles par rapport aux personnes handicapées
a. Intervention du Gouvernement auprès des grandes ONG internationales pour faciliter l’accès des personnes handicapées et des personnes âgées à l’aide humanitaire.
b. Initiation d’une réflexion sur la situation des handicapés sinistrés et des nouveaux handicapés par le Ministère des Affaires Sociales et du Travail à travers la Caisse d’Assistance Sociale (CAS) en vue d’une meilleure assistance à leur égard.
c. Prise en compte des besoins des personnes handicapées dans le cadre d’une politique de logements sociaux.-
Port-au-Prince, le 8 février 2010
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