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  • Les handicapés ont défilé au carnaval des Cayes


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    Donatus Philippe nous dit que le corps peut encore oser malgré ces limitations

    Une vingtaine de jeunes frappés de déficience physique ont défilé, les 19, 20 et 21 février, sur le parcours du carnaval des Cayes. Même ceux-là qui ont une mobilité réduite comme les culs-de-jatte ont pris part à la fête à l’initiative de la secrétairerie d’État à l’intégration des personnes handicapées.

    Haïti: « Si j’avais des pieds, je sauterais en l’air, tellement j’adore le carnaval. Après le défilé des handicapés, je me précipite devant la télé pour regarder passer les groupes musicaux », dit Sheila Dupérat, une unijambiste qui a le carnaval dans la peau.

    Esthéticienne, 31 ans, mère de deux enfants, Sheila a perdu l’une de ses jambes lors du séisme du 12 janvier 2010, à Mariani, un quartier de la commune de Carrefour non loin de Port-au-Prince. En fauteuil roulant, elle avance dans le peloton des handicapés avec l’aide de sa mère, madame Dupérat.

    « Sheila est un miracle ! Une maison en béton a brisé l’une des ses jambes, elle est restée coincée sous les décombres. Quand on l’a emmenée à l’hôpital, les médecins ne pouvaient rien faire pour elle. Sa jambe étant tombée en putréfaction, on a dû la couper pour qu’elle reste en vie. Men Sheila nan kanaval ! », ajoute-t-elle tout en continuant à pousser le fauteuil de sa fille sur le parcours où tous les regards convergent vers le défilé.

    Déguisée avec un chapeau à large bord, visage légèrement maquillé, elle défile sous la bannière de la secrétairerie d’Etat à l’intégration des personnes handicapées.

    Sheila rit de bon coeur sur son fauteuil roulant. Ses compagnons avec béquilles en font de même. Culs-de-jatte, unijambistes béquillés, manchots font la fête autour de la jeune fille. Un jeune handicapé qui n’a pas peur de rompre ses membres fait des sauts périlleux en ayant une chaise fixée à ses jambes.

    Avec une unique jambe, Sheila ne se voit pas accomplir de tels exploits. Toutefois avec ses mains, elle exerce encore son métier d’esthéticienne, pratiquant des soins de beauté qui lui permettent de survivre. « Quand on est handicapée, on vous donne ce qu’on veut », constate-t-elle.

    Elle n’est plus retournée à Mariani qui a laissé un goût de désastre dans ses souvenirs. « Depuis que j’ai perdu ma jambe, le père de mes enfants m’a complètement abandonnée », soupire-t-elle.

    « Les hommes sont méchants. Tout en étant sur sa chaise roulante, des jeunes gens lui font des avances. Je lui signale souvent qu’elle doit faire une croix sur l’amour. Elle est handicapée et doit penser à ses deux enfants », déclare madame Dupérat. Sheila acquiesce . Une telle opinion pèse de tout son poids pour une personne abandonnée après un drame qui l’a marquée dans sa chair. A présent, ce qui importe pour elle, c’est d’avoir une prothèse pour marcher comme l’un de ses pairs, Jean-Wilbert Septimus. Ce dernier a perdu ses deux jambes pendant le tremblement de terre.

    « Le 12 janvier 2010, j’étais sous les décombres à Port-au-Prince. Au moment du tremblement de terre, j’étais à Carrefour-Feuilles ; bien des jours après, je me suis reconnu à l’hôpital de Bonne Fin aux Cayes, c’est là que les médecins ont coupé mes deux jambes », dit Septimus, progressant à pas lents à côté d’autres handicapés.

    Père de trois enfants, Septimus, 44 ans, n’est jamais retourné à Port-au-Prince où il vivait de l’artisanat et de la ferronnerie. Depuis quelque temps, il sent que l’inspiration lui est revenue. Il veut en profiter pour créer des oeuvres artisanales dans du métal découpé. « En donnant un peu d’exercice à mes mains, je viendrai en support à ma femme qui est le  »potomitan » du foyer aujourd’hui », reconnaît-il.

    Septimus ne fait pas comme Sheila, qui va regarder la télé pour vivre le carnaval. « Après le défilé, je vais sur une galerie pour danser le carnaval avec ma famille jusqu’à une heure ou deux heures du matin », précise-t-il.

    Sous la bannière de la secrétairerie d’Etat, Wilné Jean-Pierre, unijambiste, roule sur le parcours dans un engin actionné par un guidon qui fonctionne comme les pédales d’une bicyclette. Tout en pilotant un fauteuil, il fait le clown avec son nez rouge et sa perruque. Lui, il a perdu un pied quand il avait onze ans. Diplômé en sciences de l’éducation, le jeune homme vit de sa profession aux Cayes. Dans l’après-midi, il étudie le droit.

    « Je vis comme tout citoyen à part entière avec mon unique pied et mes béquilles. J’ai une petite amie : elle est danseuse. J’aime la regarder danser », dit-il.

    Pendant que le défilé avance sur le parcours, Donatus Philippe, un jeune homme frappé d’une certaine incapacité physique, continue d’amuser le public. Ces sauts périlleux sont un beau témoignage : ils disent que lorsque la nature impose des limitations dans nos possibilités d’interaction avec l’environnement, le corps peut encore oser.

    Source: http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=&ArticleID=102896