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  • Qu’offrons-nous aux non-voyants pour réussir ?

    Photo: nlb-online.org

    Le braille est un outil indispensable à l’accomplissement du non-voyant. Il donne au déficient visuel l’accès à la lumière des mots et des idées même dans le noir où il est à jamais plongé. Pourtant, nombres d’aveugles n’ont pas accès à l’apprentissage du système braille en Haïti.

    Près de 80 000 personnes sont non-voyantes en Haïti, selon les calculs standards de l’Organisation Mondiale de la Santé, soit 1% de la population totale. Si le nombre de cas de cécité n’a pas été influencé par le tremblement de terre de 2010, la vulnérabilité des déficients visuels demeure. Selon le Dr Michel A. Péan de la Société Haïtienne d’Aide aux Aveugles (SHAA), leur fragilité est plus importante par rapport à ceux atteints d’insuffisances physiques. « Ils ne voient pas et cela fait toute la différence », dit-il.

    La répétition de ces mots est évidente et presqu’inutile. Pourtant rien ne peut mieux expliquer que “les aveugles  ont besoin de plus d’attention” comme le croit l’ancien Secrétaire d’Etat à l’Intégration des Personnes Handicapées. « Il faut juste que le bâtiment soit accessible pour qu’un enfant vivant avec un handicap moteur ait accès à l’éducation. Alors qu’en plus de ceci, les déficients visuels nécessitent des matériels spéciaux, adaptés à leur apprentissage », précise Dr Péan.

    Le braille

    La connaissance du braille, système d’écriture tactile à points saillants mis au point vers les années 1830, est un pré-requis pour l’enfant aveugle. Il est essentiel pour ce dernier de le maîtriser au maximum avant de se lancer dans les écoles ordinaires.

    Aussi important qu’est le braille dans la vie d’une personne atteinte de cécité, le système n’est  pas réellement vulgarisé et enseigné en Haïti.  L’enseignement du braille est fait dans un cadre restreint ; les institutions qui le dispensent  sont très peu nombreuses : Centre St Vincent pour Enfants Handicapés et la SHAA, entre autres. Seuls quelques milliers d’enfants et jeunes aveugles, en âge d’être à l’école sont scolarisés à travers ces institutions, selon Dr Péan.

    Au Centre St Vincent, les élèves non-voyants sont initiés au système depuis leur plus jeune âge. La SHAA, présente dans divers départements du pays, enseigne aux enfants aveugles ainsi qu’aux adultes, dans le cadre de leur programme d’alphabétisation.

    L’enseignement du braille est une démarche compliquée de l’avis de Donald Estor, professeur en 6e année fondamentale au Centre St Vincent pour Enfants Handicapés. Celui-ci est atteint de cécité bien avant sa naissance mais a réussi ses études à la Faculté de Linguistique Appliquée. M. Estor explique que l’exercice est encore plus difficile quand les professeurs ne maîtrisent pas toutes les dimensions du système, comme c’est le cas de la plupart des enseignants spécialisés en Haïti.

    L’enseignant est pourtant le seul à pouvoir aider ses élèves parce que les parents ignorent complètement l’unique forme d’écriture que peuvent interpréter leurs enfants. De plus, certains élèves de cette catégorie de chanceux ayant accès à l’enseignement du braille ne disposent pas de l’appareil adéquat pour perfectionner leur apprentissage. Seules quelques dizaines continuent leur formation au niveau secondaire et universitaire dans des institutions régulières. « Les ressources dont nous disposons en Haïti ne suffisent pas » déplore-t-il, reconnaissant toutefois les efforts des secteurs concernés avec la présence des professeurs itinérants dans les institutions scolaires.

    On citera en exemple des documents adaptés à une version vocale, une bibliothèque sonore disponible à la SHAA mise sur pied avec le support de divers partenaires dont le Bureau du Secrétaire d’Etat à l’Intégration des Personnes Handicapées (BSEIPH), et d’autres projets similaires. Parallèlement, le BSEIPH et la Commission d’Adaptation Scolaire et d’Appui Social (CASAS) du Ministère de l’Education Nationale et de la Formation Professionnelle accompagnent directement des élèves non-voyants ou indirectement, en supportant les institutions spécialisées, en vue de leur permettre de continuer leurs études. Le BSEIPH cherche, entre autres, à enrichir sa Banque de Matériel Adapté pour accompagner davantage les personnes handicapées, y compris les non-voyants.

    L’article 39 de la Loi portant sur l’Intégration des Personnes Handicapées fait obligation au Ministère de l’Education Nationale et de la Formation Professionnelle d’encourager l’apprentissage du braille dans les institutions scolaires, spécialisées ou régulières.  Parallèlement,  l’Etat  est tenu de procéder à l’édition de tous les documents officiels en braille (Art. 84, Loi portant sur l’Intégration des Personnes Handicapées). Cette disposition vise à faciliter l’accès à l’information aux non-voyants. Toujours est-il que nombres d’entre eux n’ont pas connaissance de l’écriture braille.

    Bureau du Secrétaire d’Etat à l’Intégration des Personnes Handicapées